Quelques réflexions sur la numérisation de la santé: le dossier médical partagé (DMP), et les messageries (MSSanté).

Lors de la dernière mise à jour réalisée en juillet 2016, il était alors confié à la caisse nationale d’assurance, des zones pilotes (Le Bas-Rhin, les Pyrénées-Atlantiques, les Côtes-d’Armor, le Doubs, la Haute-Garonne, l’Indre-et-Loire, le Puy-de-Dôme, la Somme, le Val-de-Marne) ont été déterminées pour un déploiement expérimental réalisé l’automne 2016. La généralisation du dispositif sur tout le territoire étant attendue pour 2019.

Il est difficile de savoir si les promesses vont être tenues en raison de l’historique du projet qui émane de la loi du 13 août 2003, et  qui a englouti plus de 500 millions d’Euros, pour environ 600 000 dossiers constitués début 2017.

Mais il faut dire que l’affaire paraît mieux engagée avec le renforcement du rôle du patient qui demande lui-même la création de son dossier en ligne, après avoir obtenu un code transmis par sa caisse d’assurance maladie.

En effet l’important rapport PIPAME (pôle interministérielle de prospective et d’anticipation des mutations économiques)  » Etudes économiques Prospective E-santé: Faire émerger l’offre Française en répondant aux besoins présents et futurs des acteurs de santé » préparé pour la direction générale des entreprises et publié en février 2016, met en évidence l’attente des français qui sont majoritairement favorables au dossier médical électronique, surtout les plus de 55 ans, beaucoup se disait même prêt à changer de médecin si cela leur permettait un accès à ce dossier. Le même rapport mettait en évidence que les patients étaient très favorable à la mise en place du dossier ou d’un carnet de santé leur permettant d’avoir accès à leurs données est à les partager avec les professionnels de santé.

Les conclusions du rapport PIPAME sont confirmées notamment par un sondage Odoxa pour Microsoft et stratégies réalisé en septembre 2016, ou 77 % des personnes interrogées déclaraient qu’elles aimeraient pouvoir consulter un tel dossier.

Comme nous le répètent les acteurs du secteur voulant moderniser le système de soins, l’existence du dossier médical partagé est essentiel pour faire fonctionner un grand nombre de systèmes qui ont besoin de data bien ordonnées pour fonctionner. Il s’agit par exemple des outils utilisant les systèmes d’informatique cognitive comme Watson d’IBM qui a besoin d’intégrer les données du patient dans les démarches de diagnostic et de propositions thérapeutiques, beaucoup d’autres applications (consommatrice de datas) ont aussi besoin de cela pour fonctionner.

Compte tenu du fait qu’il n’existe pas, et qu’il il n’y a pas de projet pour constituer un système unique de communication entre les médecins entre eux et entre les médecins avec leurs patients (et cela dans les deux sens), nous avons besoin parallèlement au dossier médical partagé d’un système sécurisé de communication entre les médecins.

La solution mise en place par les pouvoirs publics est le système MSsanté de l’ASIP, il permet la communication par mail crypté entre les médecins. Pour plus de précision, voir le site ASIPsanté (l’agence Française de la santé numérique).

Le secteur privé avait été innovant et pionnier sur cette question avec le système Apicrypt qui est l’instrument de communication crypté le plus employé.

Concernant la « compétition » MSSanté/Apicrypt voir notre billet : Messageries cryptées : nouvelle étape dans le combat Apicrypt /MSSanté du 23 aout 2017.

La CNIL donne ses préconisations concernant la télétransmission des données médicales avec en particulier la nécessité de veiller à  l’anonymat des données concernant les patients, et en prenant en compte les risques de divulgation et de détournement des informations.

Les règles de cryptage et de bonne pratique sont sous l’autorité de l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), et L’ASIP santé.

Le professionnel de santé peut obtenir son adresse MSsanté se connectant sur le site www.mssante.fr ,  il a besoin de sa carte de professionnels de santé (CPS), et d’un lecteur de carte correctement configuré.

MSSanté s’utilise comme une messagerie classique soit à partir d’un navigateur interne, soit à partir du logiciel du professionnel de santé (fonctionnalité intégrée) soit à partir d’une messagerie homologuée compatible MSSanté.

Le professionnel peut alors échanger directement avec un confrère ayant une adresse MSSanté, ou ayant une boîte aux lettres compatible MSSanté.

Bien évidemment l’intérêt d’un tel système est la communication entre les médecins du secteur privé où publique.

Concernant le secteur public, MSSanté est opérationnel depuis juin 2014 la grande majorité des hôpitaux français sont compatibles avec l’espace MSanté.

Les hôpitaux ainsi équipés envoient aux professionnels de santé libéraux notamment  les comptes rendu d’hospitalisation de leur patient, mais bien évidemment uniquement si le professionnel libéral à une adresse MSSanté.

L’intérêt pour le médecin libéral est la disparition du papier sortant du cabinet médical, et la diminution de papier entrant. Les documents de radiologie, biologie… vont directement dans le dossier patient.

Par ailleurs le cabinet se voit offrir de nouveaux services comme la prise de rendez-vous par internet, (voir notre billet « les outils de prise de rendez-vous en ligne pour les médecins libéraux du 13 Avril 2017), et l’envoi dématérialisé des courriers (Voir la plateforme lifen de la société Honestica, et notre interview de Franck le Ouay du 23 mars 2017 « Dématérialisation des courriers du cabinet : entretien avec Franck Le Ouay réflexion sur la numérisation des rapports entre Médecins.)

Ce type de pratique va modifier le fonctionnement du cabinet médical, et va probablement transformer le métier de secrétaire qui pourra devenir une véritable collaboratrice du médecin,  elle s’occupera plus directement du patient avec un rôle d’écoute et de conseils,  cela sera bénéfique notamment pour épauler le patient dans son parcours de soins.

Mais pour conclure, il est dommage que personne n’envisage un réseau permettant la communication, et l’acheminement des données confidentielles entres tous les acteurs du système de soins.

Il serait temps de réfléchir à munir le public de sa propre adresse mail sécurisé…